Das rosafarbene Gebäude der Domaine des Trois Filles in Bandol, gesehen durch Olivenzweige

Trois Filles : les trois sœurs de la maison rose

De Alfred Widmer

À l'entrée du domaine, il est écrit «Trois Filles», et dans le logo le point du i devient une fleur. Le même signe se retrouve sur l'encadrement de la porte. La maison derrière est peinte en rose et ressort du vert comme un marshmallow posé sur un pré.

On peut y voir de la décoration. C'est une déclaration.

Trois filles, une proposition

Les Lauves est un hameau de La Cadière-d'Azur, nommé d'après les grandes dalles calcaires qui affleurent dans le paysage. Entre de vieux oliviers et des genêts, Monsieur et Madame Arlon ont cultivé la vigne pendant des années, sur neuf hectares au cœur de l'appellation Bandol. La récolte partait à la coopérative. C'était comme ça, année après année.

Leurs trois filles ont grandi au rythme des vendanges. Audrey, l'aînée, a étudié l'agriculture, passé trois ans au Chili et à Bordeaux, puis est devenue maîtresse de chai dans un domaine de Bandol. C'est elle qui a proposé à ses parents de faire le vin eux-mêmes plutôt que de livrer le raisin.

En 2013, le domaine est repeint en rose et baptisé «Trois Filles». Léonie arrive un an plus tard, elle s'était spécialisée dans l'alimentaire. Justine, la cadette, étudiait encore.

Le bâtiment rose du Domaine des Trois Filles aux Lauves, vu à travers des branches d'olivier

Le domaine aux Lauves. Tu le trouves même sans GPS.

Ce qu'elles font autrement

La vigne est sur un coteau avec vue sur la Méditerranée. Les baies regardent mûrir les voiliers dans la baie des Lecques, et l'exposition les protège si bien que ni le brouillard, ni le gel, ni le mistral ne les atteignent.

On vendange tôt le matin, pour qu'elles n'encaissent aucun choc thermique, à la main et en petites caisses. Ensuite le trajet est court : les Arlon ont construit leur cave dans le coteau, à même la roche de leur propre vigne. Le raisin suit la gravité et tombe dans le pressoir sans que personne ne le pompe. La cave tient 14 à 16 degrés en permanence, sans climatisation.

Et comme la maison est rose, les surfaces de la cave le sont aussi. Laquées prune et rose. Celui qui croyait encore que la couleur était un hasard comprend à ce moment-là.

La vigneronne Audrey Arlon debout sur une cuve dans la cave, ouvrant la trappe

Audrey à la cave. La partie du métier qu'aucune étiquette ne montre.

Deux rosés, deux rôles

Les sœurs mettent deux rosés en bouteille, et ce qui les sépare n'est pas une question de qualité. C'est un cépage.

Le Côtes de Provence est à 60 pour cent de grenache, avec du cinsault, du carignan et 5 pour cent de mourvèdre. C'est le plus léger des deux, fait pour le moment où la bouteille s'ouvre et où tout le monde est dehors. Quand nous avons fait notre premier numéro de Millésime en 2019, c'est lui qui était notre vin du mois de mai, avec la suggestion de lire le magazine un verre à la main.

Le Bandol rosé inverse les proportions : 60 pour cent de mourvèdre, avec 25 pour cent de grenache et 15 pour cent de cinsault.

Le mourvèdre mûrit lentement et réclame de la chaleur jusqu'en automne, ce qui fait que dans la plupart des régions il n'y arrive jamais tout à fait. À Bandol, si. Cépage rouge, il apporte du tanin et de la structure, et dans un rosé tu le remarques là où tu ne l'attends pas : pas au début, mais à la fin. Le vin ne s'arrête pas au bout de deux secondes.

C'est pour ça que l'un a l'apéro et l'autre le repas. Tous les deux de la même cave, des mêmes mains, vendangés la même année.

Deux des sœurs Arlon sur un vieux tracteur dans un pré en fleurs

Deux des trois sœurs. Le tracteur est plus vieux que le domaine.

Comment goûte le Bandol

Très pâle dans le verre, presque transparent avec un rien de saumon. Au nez, pêche, agrumes et quelque chose d'exotique qui tire vers la mangue.

En bouche, le fruit d'abord, puis une salinité qui ne se réclame de rien, elle est simplement là. Et à la fin, cette longueur. C'est le mourvèdre.

Audrey le conseille avec un risotto aux Saint-Jacques. C'est bien vu : le vin encaisse un plat qui a de la matière sans lui rouler dessus. Poisson grillé aux herbes, poulet au barbecue et fromage de chèvre fonctionnent pareil.

Un conseil, parce qu'avec ce vin ça change vraiment quelque chose : ne le bois pas trop froid. À six degrés, le froid recouvre tout ce qui le rend intéressant. À dix ou douze, il s'ouvre. Sors-le du frigo une demi-heure avant de passer à table, pas du seau à glace.

Si tu veux aller plus loin

À côté des Trois Filles, nous avons deux autres domaines de Bandol. La Suffrène va vers plus de largeur et de rondeur avec 45 pour cent de mourvèdre, et Cédric Gravier a repris le domaine en 1996, à 23 ans. Gros'Noré est le plus strict des trois avec 54 pour cent de mourvèdre, et Alain Pascal a bâti le domaine de ses mains après la mort de son père. Notre Bernhard s'assied régulièrement à sa table depuis plus de vingt ans.

Les trois sont dans L'été en rosé, et si tu veux voir où travaillent les gens derrière les bouteilles, ils sont tous sur la page des vigneronnes et vignerons. Ce que les pentes raides font à un vin, nous l'avons décortiqué dans la Ribeira Sacra.

Cela dit, tu apprends le plus en mettant les deux rosés des sœurs côte à côte. Même cave, même millésime, deux rôles différents. Après ça, tu reconnaîtras le mourvèdre même quand personne ne te dira qu'il est dedans.

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